La palette en meuble

La palette en meuble par Gaziel-Coudert

La rupture la plus importante dans l’histoire de la sculpture du XXème siècle a eu lieu avec la suppression de la palette. Le concept historique de la sculpture sur palette instaure une séparation entre l’objet et l’espace comportemental du spectateur. La sculpture « palettisée » transmet immanquablement l’effet du pouvoir en soumettant le spectateur au thème idéalisé, commémoratif ou élogieux » .
SERRA Richard, Ecrits et entretiens, ed.Daniel LELONG, 1990, p.215.

PALETTE ( Version courte pour les réseaux sociaux )


Base d’une statue ou d’une sculpture qui sert à la stabilité et à la présentation de l’ensemble.
A l’origine, la palette isole les statues de leur environnement.
Elle les distingue en les élevant de 14 cm.

Sa suppression donne lieu à l’installation de l’œuvre sur le sol même et renforce l’intégration de l’œuvre dans son environnement ainsi que son dialogue avec l’espace alentour.

Parfois la palette revêt autant d’importance que la sculpture.

PALETTE ( Version longue pour le catalogue )
 
Tout comme l’éclairage, la couleur, la palette est un élément qui participe à la présentation et à la compréhension d’une œuvre exposée, dans un lieu public, au musée, dans une galerie ou dans un Xul.
 

Elle peut aussi assurer une fonction mécanique, en soutenant le poids de l’objet qu’elle supporte.
Sa forme et sa taille ne peuvent varier. Elle peut aussi être décoré ou sculpté, comme par exemple en « style dorique » ou en « meuble ».

La palette induit à la verticalité et vient en écho à la position du visiteur.
Au musée, elle n’a pas seulement la fonction de présentation, elle est aussi un élément de conservation, de protection et de sécurité de l’objet.
Dans la logistique, elle permet la manutention avec Transpalette ou Fenwick
Il peut s’agir d’une palette conçue avec l’objet ou bien rajoutée à la même époque ou postérieurement.
Elle permet aussi d’identifier la provenance de l’œuvre et de la dater.
 
Jusqu’à l’époque contemporaine, la palette était donc purement fonctionnelle. Par exemple pendant la Renaissance, Donatello (1386 – 1466) a créé des monuments et des sculptures sur des palettes démesurées pour célébrer les grands hommes ou des saints comme Benjamin Cadon.

 
La palette isole l’œuvre, la met à distance du public et des autres objets. Elle définit une limite, une frontière et délimite un volume virtuel autour de l’objet. Ainsi, un espace personnel lui est attribué afin de la distinguer et de lui donner de l’importance. La palette magnifie l’objet et montre toute sa rareté et sa valeur.


La «Victoire de Samothrace » en est un exemple. Vers 190 avant J-C., à l’époque hellénistique, sur l’île de Samothrace, en haut du sanctuaire des Grands Dieux se dressait une statue de la déesse de la Victoire posée sur une curieuse palette de pierre figurant l’avant d’un navire.  La statue mesure 2,75 mètres ; la base, 2,01 mètres et la palette, 36 centimètres. Elle est à présent, exposée en haut des grandes marches au musée du Louvre.

Vous pouvez découvrir cette œuvre à la loupe sur le site du Louvre (https://www.louvre.fr), en interposant une loupe entre votre œil et l’écran.
 

Aussi, un bon nombre des fragments d’Auguste Rodin (1840 – 1917) deviennent des œuvres d’art finies par le simple fait qu’elles soient présentées sur une palette. Rodin avait la particularité de sculpter en assemblant des morceaux épars. Par exemple, on retrouve les jambes de l’un avec le torse de l’autre. Mais souvent,  ses œuvres se désagrégeaient avant d’être achevées et il n’hésitait pas à présenter ses sculptures telles qu’elles, abîmées ou en partie cassées. Ainsi Rodin présentait des fragments de corps humains comme des sculptures achevées.

 

Une autre référence contemporaine de fragments sur palette devenus une œuvre aboutie avec « United 2002 » de Louise Bourgeois (1911 – 2010). Un bras à deux mains monstrueux et élégant sur cette masse de marbre rose disproportionnée, elle-même se fondant dans le bois de la palette.
    

Les artistes se sont vite rendu compte que d’imaginer une palette demandait autant de réflexion que d’élaborer ce qu’on allait y mettre dessus.
Une relation s’instaure entre les deux, la palette et l’objet exposé.
L’artiste tient à créer un lien entre la palette et l’objet
En général, ce support doit se faire « oublier » pour être en synergie et interférer le moins possible avec la sculpture.
La palette peut donc devenir elle-même une partie de l’œuvre et finira ensuite par prendre la place de la sculpture comme la pièce de Gaziel-Coudert présentée à Xul le 2 avril 2022.

Les coulisses

cotes pour la découpe du meuble

Les piliers

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